XXIe siècle

2000 :

Le chalutier mexicain Lily Marie s’échoue sur Clipperton.  Des rats sont introduits sur l’île, ce qui va complètement en modifier l’équilibre. Ne pouvant s’attaquer aux oiseaux, ils déciment la colonie de crabes terrestres qui sont l’élément régulateur de la faune de Clipperton.

Le 29 février, débarquement des membres de l’expédition radioamateur « FO0AAA ». L’équipe qui comprend 13 personnes et jusqu’au 8 mars,  ils réalisent 75.000 contacts.

2001 :

A l’initiative du Professeur Christian Jost, se déroule la mission « Passion 2001 ».

Cette expédition fut préparée d’une part par l’Université de Nouvelle-Calédonie et d’autre part par l’IRD ou Institut de Recherche pour le développement.

Le 25 février, La frégate  Latouche-Tréville   commandé par le Capitaine de Vaisseau Jacques Launey, arrive aux abords de Clipperton.

L’équipe dirigée par le Professeur Christian Jost débarque par hélicoptère.

L’expédition a pour but :

–          La cartographie topographique, géomorphologique et biogéographique de l’atoll.

–          La mise en place de la première borne géodésique et ses mesures de positionnement par satellite. Cette balise est scellée sur le sommet du rocher.

–          La réalisation d’un film scientifique.

–          L’évaluation des contraintes liées à l’aménagement et à une installation humaine.

Des prélèvements d’eau sont effectués dans le lagon.

Suite à ses différentes observations, une nouvelle carte de l’île est établit et remplace celle établie par la Jeanne d’Arc en 1935.

De cette expédition il découle que si une occupation humaine était envisagée, il faudrait ouvrir une passe dans la couronne corallienne pour d’une part rendre vie au lagon et d’autre part pour assurer un mouillage sûr aux bateaux.

Il faudrait également mettre en œuvre des moyens qui permettent une surveillance efficace de la Zone Economique Exclusive afin d’éviter la pêche illégale, et le pillage de la faune halieutique de cette région du Pacifique.

2001 :

Dans son numéro de mars, la revue mexicaine : « El Espejo de Urania », publie la lettre que monsieur Miguel Gonzales Avilar a écrite au Président de la République des Etats-Unis du Mexique.

Il est un fervent partisan de la rétrocession par la France, de Clipperton  à la République mexicaine. Il demande, entre autre, au Président mexicain de contester la régularité du jugement du Roi d’Italie Victor Emmanuel III, en 1931 ; ce dernier aurait été influencé dans son jugement par l’Etat français, ainsi que par Mussolini. De plus il réaffirme que c’est un navigateur espagnol, Alvaro de Saabedra,  qui a découvert l’île aux environs de 1525, alors que le Mexique était possession espagnole et s’appelait Nouvelle Espagne, et que le jour de son indépendance (24 août 1981), l’île alors appelée « Medanos » revenait de droit au Mexique.

Il stipule que la France n’a jamais occupé de façon régulière Clipperton, que la zone de pêche n’est pas exploitée par les français, et donc, par conséquent, il est évident que la souveraineté de l’île doit revenir au Mexique.

2003 :

Du 7 avril au 10 mai, soit 41 jours, le naturaliste Lance Milbrand, boursier du comité des expéditions de la National Geographic Society séjourne sur Clipperton.

Il réalise de nombreuses images et filme pour le compte de la National Geographic Eplorer Television.

Pendant son séjour, il constate la visite de 16 chalutiers, dont 2 envoient des hommes d’équipage à terre.

 

2004 /2005 :

Expédition Jean-Louis Etienne. De décembre 2004 à avril 2005, une quarantaine de chercheurs dans des domaines pluridisciplinaires, se sont succédés pour étudier la biodiversité, c’est-à-dire l’ensemble des espèces qui vivent sur Clipperton.

Les résultats de ces études sont consignés dans un excellent ouvrage :

« Clipperton, environnement et biodiversité d’un microcosme océanique ».

Le Rara Avis du Père Jaouen et le Prairial  de la Marine nationale assurent la logistique.

Lors de son passage dans la ZEE de Clipperton, le Prairial a arraisonné trois bateaux de pêche étrangers :

–          Un palangrier naviguant sous pavillon du Costa-Rica, le Bellana IV avec 4 tonnes de prises illicites. Le palangrier pêche au moyen de longues lignes dormantes munies de centaines d’hameçons.

–          Un senneur mexicain Arkos Chiapas avec 17 tonnes de prises illicites. Le senneur pêche au moyen d’un très grand filet muni de lests. Il est très destructeur au niveau de la faune halieutique.

–          Un senneur naviguant sous pavillon du Salvador, le Montelucia, avec 230 tonnes de prises illicites (en cinq jours de pêche !).

Le tribunal de Papeete a condamné chaque capitaine à 75.000 euros d’amende, et bien entendu la cargaison a été confisquée.

Profitant de son passage sur Clipperton, un membre de l’équipage du Prairial, qui est radioamateur, débarque et utilise l’indicatif FO0/F8UFT, il ne pourra transmettre que pendant une heure et réalisera 60 contacts.

 

2007 :

      Le 21 février est votée la loi n° 2007-224, portant disposition statutaire et institutionnelles relatives à l’Outre-Mer. Voici le texte qui définit le statut de l’île de Clipperton dans son article 9:

«  – L’île de Clipperton est placée sous l’autorité directe du Gouvernement.

« Le ministre chargé de l’outre-mer est chargé de l’administration de l’île. Il y exerce l’ensemble des attributions dévolues par les lois et règlements aux autorités administratives. Il peut déléguer l’exercice de ces attributions.

« Les lois et règlements sont applicables de plein droit dans l’île de Clipperton.

« Un décret précise les modalités d’application du présent article. »

13° Le décret du 12 juin 1936 portant rattachement de l’île de Clipperton au Gouvernement des établissements français de l’Océanie est abrogé.

Le 29 mars est signé un accord nommé : «Arrangement entre le Ministre des Affaires étrangères de la République française et le Ministre de l’agriculture, de l’élevage, du développement rural, de la pêche et de l’alimentation des Etats-Unis du Mexique ».

Cet accord tend à renforcer la coopération entre les deux pays en vue d’un développement de programmes de recherches et d’échanges de techniciens et de spécialistes dans le domaine des sciences de la mer et de la pêche. A partir de 2008, le Mexique peut délivrer jusqu’à une vingtaine de bourses pour que des étudiants mexicains réalisent des études de troisième cycle au sein d’institutions éducatives françaises, de même que des experts français peuvent faire des séjours d’études universitaires au sein des institutions mexicaines.

Les deux pays doivent faciliter les visites et les échanges entre chercheurs et étudiants français et mexicains.

Il permet aussi de réglementer les activités des navires de pêche mexicains dans la Zone Economique Exclusive de Clipperton (200 milles).

Les deux pays peuvent inviter des institutions publiques ou privées ainsi que des industries de la pêche à des actions de coopération prévues par cet accord.

Ce document est signé par Monsieur Alain Le Gourriérec, Ambassadeur de France au Mexique, par délégation du Ministre des Affaires étrangères, et par Monsieur Alberto Cardenas Jimenez, Ministre de l’agriculture, de l’élevage, du développement rural, de la pêche et de l’alimentation des Etats-Unis du Mexique.

Cet accord est très important car c’est une reconnaissance indirecte par le Mexique de l’appartenance de Clipperton à la France.

Le 1er juin parait dans le journal officiel le décret n° 2007-997 du 31 mai relatif aux attributions du Ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales :

Article 1 :

Le Ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales prépare et met en œuvre la politique du Gouvernement en matière de sécurité intérieure, de libertés publiques, d’administration territoriale de l’Etat, d’outre-mer et de collectivités territoriales.

Pour l’exercice de ses missions de sécurité intérieure, le ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales participe à la mise en œuvre de la politique en matière de sécurité routière.

Article 2

Au titre de ses attributions relatives à l’outre-mer, le ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales est chargé :

Au paragraphe 4 :

D’administrer l’île de Clipperton. Il y exerce l’ensemble des attributions dévolues par les lois et règlements aux autorités administratives.

Escale du Prairial en avril. Sa mission est déposer un marégraphe pour le compte du SHOM.

2008 :

Expédition Scientifique et Radioamateur. Les recherches portent sur la Climatologie et la paléoclimatologie ainsi que sur l’influence du courant El Niño sur les récifs coralliens.

J’étais le responsable de cette expédition, et j’ai réaffirmé la présence française sur Clipperton en hissant le pavillon tricolore au mât officiel.

Le  27 février dans la soirée, l’équipe constituée de 24 personnes quitte le port de San Diégo à bord du M/V Shogun.

Le 4 mars à minuit, le Shogun arrive sur Clipperton. Deux jours sont nécessaires pour débarquer les 6 tonnes de matériel scientifique, radio et logistique de vie.

Tous les jours trois à quatre tempêtes tropicales s’abattent sur Clipperton, et le séjour initialement prévu de 15 jours est abrégé à cause des conditions météorologiques qui se dégradent de plus en plus.

Le 16 mars, vers midi se termine le réembarquement et il faudra six jours au  Shogun  pour rejoindre San Diégo dans un océan qui n’a rien de pacifique.

L’équipe a réalisé 71.794 contacts dans le monde entier.

Des photos d’épaves sont alors réalisées. Nous trouvons une nouvelle épave : « Le Dixie Isles II« .

Mais aucune trace du Lylie Marie…Suite aux recherches conjointes de Christian Jost et moi-même, nous trouvons plusieurs preuves qui prouvent que le Lylie Marie et le Dixie isles II, ne sont qu’un seul et même bâtiment.                                                                        Le premier nom étant Dixie isles II, (en relief sur la coque), le second nom le Lylie Marie, peint sur la coque. la corrosion et l’attaque de l’eau de mer ont petit à petit rongé la peinture, ce qui a fait disparaître le nom de Lylie Marie. Cette photo apporte la preuve que nous recherchions.

2009 :

Au titre de l’accord signé le 29 mars 2007 entre la France et le Mexique, 49 senneurs mexicains ont obtenu une licence de pêche dans la ZEE de Clipperton.

Visite du Prairial. Une de ses missions est, comme d’habitude, la reconnaissance du trafic maritime dans la ZEE, et de visiter tout navire suspecté de pratiquer une pêche illicite. Le Prairial est doté d’un hélicoptère type «  Alouette III », qui effectue en moyenne deux missions par jour. Les données satellitaires sont également utilisées pour ce type de mission.

Au cours de cette mission un Palangrier est arraisonné et sa cargaison ainsi que son matériel de pêche sont confisqués.

Par la suite une forte amende sera infligée au capitaine du thonier.

Au moyen de l’Alouette III, le marégraphe déposé en avril 2007 par le Prairial sur demande du SHOM  est récupéré.

La  mission d’inspection de l’île a pour but de reconnaître toute trace d’activité humaine sur l’île. Clipperton est une étape dans le trafic de la drogue entre l’Amérique du sud et l’Amérique du nord, et la piste d’aviation construite par les américains en 1944 est utilisée. Nous y avons constaté des traces d’atterrissage lors de notre expédition de 2008.

Enfin il faut restaurer les marques de la souveraineté française sur Clipperton, réfection du petit monument de la République française et cérémonie de la montée des couleurs. Le drapeau tricolore que j’avais hissé en 2008 a disparu, probablement « volé » par un visiteur indélicat.

Pour la petite histoire, ce drapeau m’avait été offert, au nom de la municipalité  par monsieur le Maire Pascal Houbron. Cette commune, situé en banlieue de Rouen, est mon lieu de résidence.

Le cas de Clipperton est soulevé à l’Assemblée nationale par Monsieur Philippe Folliot lors de la séance en date du mercredi 4 novembre  qui s’exprime ainsi :

« La France est une puissance maritime, mais ce n’est pas une nation maritime. J’ai eu l’occasion, ces derniers mois et dernières semaines, de réfléchir à cette question : si notre dimension ultramarine est connue et reconnue, au travers de ses départements et collectivités d’outre-mer, elle l’est assurément moins au travers de ses territoires. Ces amendements s’inscrivent dans le droit fil de ce que disait le chef d’état-major de la Marine nationale, l’amiral Forissier : « La mer n’appartient qu’à ceux qui s’en servent ». Il en est de même pour les territoires. La notion de souveraineté n’est pas quelque chose d’acquis de manière définitive, et il y a lieu de la préserver.

J’ai donc proposé une série d’amendements visant à traiter de la situation de certains îlots qui font partie des îles éparses ou des terres australes, ou, dans le Pacifique nord, de l’îlot de Clipperton. Leur statut  juridique est un peu particulier : ce sont ni des départements ni des collectivités. Ils sont rattachés ou, comme dans le cas de Clipperton, gérés par un établissement public. Nous devons réfléchir à la situation spécifique de ces parties de notre territoire national, qui sont non seulement inhabitées mais, parfois revendiquées par des pays riverains.

Tel est, par exemple, le cas de Clipperton. Si cet îlot représente une superficie de 2 kilomètres carrés, il offre à notre pays 440.000 kilomètres carrés de zone économique exclusive. Pour donner un ordre d’idées, je rappellerai que la zone économique exclusive de la métropole, Corse incluse, est de 345.000 kilomètres carrés. Envoyer à Clipperton, une fois par an, un bâtiment de la Marine nationale pour changer le drapeau qu’on y a planté n’est pas la seule façon d’asseoir de manière pérenne la souveraineté sur cet îlot. A l’heure où nous envoyons des hommes dans l’espace et où nous avons un projet de station orbitale internationale, on peut se demander si, à l’identique de ce qui se fait dans certaines des îles éparses, notamment Europa, les Glorieuses ou Juan de Nova, il ne serait pas opportun d’envisager une présence permanente à Clipperton. L’îlot fut habité au début du XXe siècle et Jean-Louis Etienne a mené une expédition scientifique et a démontré qu’il y avait une possibilité d’y vivre ; ce serait pour nous la meilleur façon de montrer au Mexique qui revendique non seulement Clipperton mais la zone économique exclusive adjacente que la République française tient à conserver ce territoire en son sein. Cela pourrait se faire par la présence de quelques militaires, de scientifiques, voir de gendarmes, comme c’est le cas sur les îles éparses.

Monsieur Victorien Lurel répond en ces termes :

« A la lecture des amendements de notre collègue Folliot et de l’exposé de leurs motifs, on comprend l’intérêt de ces îlots en termes de diversité biologique mais également leur importance économique tant pour l’outre-mer que pour l’ensemble de la nation. Tout le monde sait aujourd’hui que la mer représente une ressource potentielle pour le développement futur et que la France a intérêt, même à travers des territoires symboliques à les préserver.

 

2010 :

Le 10 février, le chimiquier danois Sichem Osprey, (170 mètres de long et de 25.432 tonnes), s’échoue à la vitesse de 16 noeuds sur Clipperton. Il s’engage sur le platier sur une longueur de 94 mètres. Sa cargaison se compose de  10 .500 tonnes de xylène (un produit hautement toxique et inflammable), 6.000 tonnes de suif et 6.000 tonnes d’huiles de soja.

Le 26 février, la frégate française Courbet  arrive sur zone. Un détachement débarque et réaffirme ma présence française sur Clipperton.

Le 6 mars, après vidange d’une partie du xylène, dans un autre navire, les remorqueurs le remettent à flots, sans aucun dommage pour la faune et la flore de Clipperton.

Sichem Osprey échoué.

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